News; 1981, Kouros d'Yves Saint Laurent

Published: lundi 06 août 2012

Animale et
sensuelle, la fragrance en appelle aux forces de la Grèce antique. Cette
petite révolution olfactive devient hymne à la virilité. Un succès
planétaire, jamais démenti depuis.

 Debout les hommes ! Non qu’il faille en finir avec les années femmes
forgées dans le tourbillon des années 1970. Elles exultent aujourd’hui
avec la génération Mitterrand. Il s’agit de rappeler l’homme, la
puissance, la force. « Kouros, un parfum pour dieux vivants », dit le
slogan. Un jus conquérant. Osé, en ces temps qui mettent en sourdine les
mâles revendications. Réactionnaire, Kouros ? Ce parfum se veut
initial, au-delà des péripéties terrestres. Mieux, dans un marché au
total classicisme, « il impose la révolution d’effluves riches, mariant
les fleurs à l’animalité, exactement comme le souhaitait M. Saint
Laurent », commente Yann Andrea, directeur marketing international
parfums YSL beauté et fin connaisseur de l’histoire de la griffe.


Flash-back. Au cours d’un voyage en Grèce, Yves Saint
Laurent se prend de passion pour les kouroi (VIe siècle avant notre
ère). Ces statues géantes de nus masculins sont inspirées de celles qui,
bien plus tôt, embellissaient palais et temples d’Égypte. Un port de
tête altier, un regard droit, une musculature parfaite de justesse et,
toujours, le pied droit posé vers l’avant. Un pas vers la conquête,
guidée par les lumières du ciel.





4732 1981, Kouros d'Yves Saint LaurentIllustration originale de Damien BlottièreLe
maître raconte : « J’avais été fasciné par le bleu de la mer, le ciel,
la fraîcheur intense qui émanait de cet univers voué à la beauté. Dans
le même temps, j’ai revu les statues de ces jeunes hommes qui sont la
splendeur de la statuaire grecque. » Plus loin : « J’avais mon nouveau
parfum. Et son nom ! » Saint Laurent tient l’idée, l’argument, Kouros,
et même le flacon, une colonne de marbre blanc, fil de pure lumière
lancé entre terre et ciel, entre l’homme et son Créateur. Joli hasard,
la Grèce devient alors le 10e État membre de la Communauté économique
européenne (CEE). Trente et une années plus tard, on se tapote le
menton.

Exalter l’homme, le vrai


Pour mémoire, 1981 alterne noir et rose. La mort de Bob Marley, 36 ans, première icône reggae (No Woman No Cry, Get Up Stand Up…).
Le mariage de Charles d’Angleterre, 32 ans, avec Diana Spencer, 19 ans,
devant 2 500 invités en la cathédrale Saint-Paul de Londres et 600
millions de téléspectateurs. Jacques Lacan s’allonge sur le canapé des
anges. Jacques Dutronc et Françoise Hardy se disent oui, en Corse
évidemment. Anouar el-Sadate est assassiné au Caire et Georges Brassens «
casse sa pipe », comme le titre Libération, un 29 octobre.
Supplique pour être enterré à la plage de Sète exaucée. Autres unes
maudites de l’année, les premiers diagnostics du sida sont officialisés à
Los Angeles (mai) et, le même mois, Mehmet Ali Agca tire sur Jean-Paul
II. À l’avenir, le Saint-Père se déplacera en papamobile.


La France rêve en rose. Avec 15 708 262 voix, François Mitterrand
accède à la présidence de la République. L’heure Truffaut sonne aussi. À
peine savouré le succès du Dernier Métro où Gérard Depardieu embrasse Catherine Deneuve, La Femme d’à côté
assure aussitôt la relève. Toujours Depardieu, mais c’est Fanny Ardant
qui lui réserve son regard de délicieux mystère et ses graves sensuels.
Ouf, la France adore toujours les grands sentiments. Reality, le slow romantissime Sanderson) de La Boum, plane au sommet du parade. Vertige de l’amour (Bashung) et L’Amour, c’est comme une cigarette (Sylvie Vartan) suivent de près. Excellents signes.




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Il faut donc exalter l’homme, le vrai. « Parfum de vainqueur. La
vaillance, le courage, la force habitent. Toute cette surabondance de
vie s’étale sur son corps, anime ses yeux courbes et affirme par son
sourire le grand accord entre l’être nouvellement éveillé et le cosmos
compris et accepté », détaille l’argumentaire. Pierre Bourdon en sera
l’inventeur. Il donnera sa réalité au concept d’Yves Saint Laurent. « En
raison de sa note animale, c’est l’un des parfums les plus audacieux
qu’il m’ait été donné de faire », confie-t-il. Un envol frais avec la
coriandre, l’armoise et la un cœur floral dynamique dû au clou de
girofle et au jasmin, une structure robuste et sensuelle grâce à la
mousse de chêne, l’ambre gris et l’encens. L’idée initiale imposait la
virilité revendiquée, un jus puissant visant le parfait équilibre entre
animalité et sociabilité. Homme de pouvoir autant que de séduction,
toujours maître du jeu. « Kouros, c’est la force du temple grec, celle
du trophée aussi, qui raconte la vaillance, révèle le courage du
vainqueur », précise Yann Andrea.

 

La révolution Kouros s’illustre dans le sport


Le gouvernement d’union de la
gauche dirigé par Pierre Mauroy attend le 30 décembre pour annoncer la
création de l’impôt sur la fortune, l’ISF. Une carte de voeux.
Auparavant, l’année avait connu de plus nobles triomphes. La peine de
mort est abolie le 18 septembre, 369 voix contre 113. Robert Badinter
gagne le combat de sa vie, les deux guillotines de Fresnes et de Vernon
sont aussitôt démantelées. Hervé Cristiani chante le rêve éternel dans Il est libre, Max
(Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler). Les tenants du ciel
jubilent. D’autres préfèrent l’envie plus immédiate et rigolarde de
Patrick Coutin, J’aime regarder les filles (Qui marchent sur la plage). Le tube réjouit encore les dancefloors.


La révolution Kouros s’illustre dans le sport. Les grands créateurs
sont toujours visionnaires. 1981, année tricolore. En attendant Bubka,
Thierry Vigneron bat le record du monde de saut à la perche à 5,80 m. Le
jeune Alain Prost gagne son premier Grand Prix de F1 à Dijon, dans le
baquet d’une Renault. Cinquante autres victoires suivront.




Le 14 juillet, Marc Pajot bat
le record de la traversée de l’Atlantique à la barre d’Elf Aquitaine : 9
jours, 10 heures, 6 minutes et 34 secondes. Mieux que Tabarly. Ce même
jour, le « Blaireau » Bernard Hinault manque de huit malheureuses
secondes la victoire à l’Alpe d’Huez. Vengeance cinq jours plus tard :
sur les Champs-Élysées, il remporte son troisième Tour de France, sous
les couleurs Renault-Elf-Gitane. L’autre Bernard, Thévenet, termine 37e à
1h12’48. Dernier coup de pédale du vieux grognard et place à la
reconversion. Elle sera réussie. Enfin, le XV de France remporte le
Tournoi des cinq nations, grand chelem à la clé. Cocorico ! Les hommes
n’ont jamais cessé d’être là.




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